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Orthoptistes libéraux : adapter sa pratique de téléophtalmologie aux exigences du cabinet et de l’EHPAD


Lors de la 1ère Journée Nationale de Téléophtalmologie, Nadja Rousseau, orthoptiste, présidente d’Orthatlantic Bretagne et salariée de l’EHPAD La Roche aux Fées, a partagé son ressenti d’orthoptiste sur ses trois pratiques d'e-santé visuelle : l'intervention en EHPAD, l'exercice en libéral via le protocole Muraine et le télésoin. Elle explique comment elle conjugue ces usages aux objectifs distincts, nécessitant des ajustements constants selon le lieu d'exercice, les attentes des professionnels et les besoins spécifiques des patients. Entre accompagnement fonctionnel des seniors et amélioration de l'accès aux soins en zones sous-dotées, elle dessine les contours d'une pratique enrichie par le numérique sans jamais se substituer à l'humain.


En EHPAD : une pratique complexe, enrichissante, axée sur l’accompagnement du patient et de son entourage


Depuis 2018, Madame Rousseau intervient en EHPAD dans le cadre d’un protocole de téléophtalmologie mis en place avec le CHU de Rennes. Elle souligne la nécessité de ce service auprès des résidents âgés, dépendants et fréquemment laissés sans suivi ophtalmologique. "Quand les patients intègrent une structure d’EHPAD, il y a un très fort taux de patients qui ne sont plus suivis du tout en ophtalmologie", a-t-elle rappelé. L’examen se déroule en chambre, avec un matériel portable qui permet de réaliser des réfractométries, des rétinophotographies, ou encore des examens segmentaires.


Nadja Rousseau relève qu’en EHPAD, les attentes médicales sont moins centrées sur la prescription d’équipements tels que les lunettes, mais plutôt sur un accompagnement fonctionnel de la personne âgée et de son entourage. "Il ne faut pas qu’on oublie l’apport du fonctionnel, qui est très, très important", précise-t-elle, en insistant sur le rôle de l’information et de la communication avec les équipes soignantes et les familles. Les bénéfices vont au-delà du médical pur, offrant un soutien précieux aux aidants et aux personnels soignants.



Pour Nadja Rousseau, cette pratique est également très gratifiante en tant que praticienne. Elle permet une autonomie importante et la montée en compétence, bien que la tâche soit parfois difficile avec des patients complexes. "J’utilise du matériel portable, je fais cet examen sur des patients avec des troubles moteurs ou cognitifs. C’est très enrichissant", souligne-t-elle.


En cabinet libéral avec le protocole Muraine : une pratique adaptée aux zones sous-dotées


En parallèle, Madame Rousseau exerce en libéral dans un cabinet situé à la frontière de l’Ille-et-Vilaine et du Morbihan, où elle applique le protocole Muraine. Ce protocole, qui facilite l’accès aux soins ophtalmologiques dans des zones sous-dotées, permet une pré-consultation visuelle, les patients étant ensuite convoqués par un ophtalmologue distant pour interpréter les résultats.


Pour l’orthoptiste, le choix du lieu est crucial. Nadja Rousseau met en garde contre la mise en place de ce protocole dans des zones où l’offre ophtalmologique est déjà suffisante, ce qui peut rendre le service redondant. "Faire attention à où on le met en place !", avertit-elle. En revanche, dans les zones avec une faible densité de praticiens, les attentes médicales sont élevées, et les patients expriment une grande satisfaction de pouvoir accéder à un service qu’ils n’auraient pas autrement.


Ce protocole représente aussi une opportunité de diversifier ses compétences et de s’assurer une pratique plus complète, alliant des bilans classiques à l’utilisation des outils de télémédecine.



Le télésoin : une solution flexible et complémentaire


Enfin, Nadja Rousseau aborde le télésoin, une autre facette de sa pratique. En utilisant des outils tels que le casque de réalité virtuelle d’Eyesoft, elle propose des séances de rééducation visuelle à domicile, personnalisées pour chaque patient. Cette modalité, plus récente, permet de répondre à des besoins spécifiques, notamment pour les patients dont les horaires ne correspondent pas à ceux du cabinet, ou pour ceux qui recherchent une approche plus ludique et flexible.


Si cette modalité apporte une variété appréciable dans la pratique et un certain confort pour les patients, Madame Rousseau admet que les attentes médicales y sont moindres par rapport à l’EHPAD ou au protocole Muraine. "La nécessité, elle est moindre, mais c’est utile pour tous les patients qui habitent ou travaillent loin", dit-elle. L’objectif ici est davantage de répondre à des besoins pratiques que médicaux, en offrant une alternative viable pour les patients à mobilité réduite ou au planning chargé.


Une pratique orthoptique plus riche et variée, au service des besoins multiples


À travers ces trois modes d’exercice, Nadja Rousseau dessine les contours d’une pratique de la téléophtalmologie qui doit être pensée en fonction des besoins spécifiques des territoires et des patients. Elle insiste sur l’importance de respecter l’éthique et les bonnes pratiques, rappelant que la e-santé visuelle ne peut pas se substituer à l’accompagnement humain.


Pour elle, la clé du succès réside dans l’adaptation et le travail en équipe. "Il n’y a pas besoin que d’un ophtalmo et d’une orthoptiste, il y a aussi besoin de tout le personnel qui est derrière", précise-t-elle, en soulignant le rôle fondamental des soignants et aidants dans les EHPAD.


En conclusion, Nadja Rousseau plaide pour une expansion raisonnée de la téléophtalmologie, notamment dans les zones sous-dotées, tout en gardant à l’esprit les défis liés au financement du matériel et à la formation des praticiens. "Il faut savoir où mettre cela en place et ne pas oublier l’importance de l’apport fonctionnel dans la pratique", conclut-elle.


Pour consulter la synthèse complète de la journée nationale de téléophtalmologie, cliquez ici.

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