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Les apports de la téléophtalmologie aux Caraïbes


Depuis peu membre du Collectif Téléophtalmologie animé par Catel, Jean-Christophe JOYAUX, ophtalmologiste, témoigne des apports de la téléophtalmologie au sein des départements français d'Outre-mer et explique les évolutions de ces pratiques au fil des années.



Dr Jean Christophe JOYAUX

Ophtalmologiste, administrateur GCS Caraïbes, MBA Dauphine




  • Docteur Joyaux, quand et pourquoi vous-êtes vous initialement intéressé à la téléophtalmologie ?

"La situation des Départements Français d’Amérique (DROM-COM) au centre de l’arc Antillais est un atout dans la promotion et le déploiement des nouvelles technologies de la santé dans les iles voisines. La santé est un vecteur de relations fortes avec les pays environnants qui partagent les mêmes pathologies, les mêmes spécificités en ophtalmologie mais avec des conditions de prise en charge souvent bien différentes.


Cofondateur de Médecins du Monde-Antilles en 1989 et vice-président, j’ai été pendant une dizaine d’années en charge des consultations avancées dans les iles anglaises, activité qui s’est prolongée plusieurs années en dehors de l’association.

Cette expérience nous a permis de prendre conscience de l’utilité d’apporter une réponse au plus près des populations, de pouvoir évaluer les besoins et ainsi d’éviter des déplacements inutiles entre les iles, tout en restant en étroite collaboration avec les acteurs de santé du territoire concernés par la téléophtalmologie.

De nombreuses missions chirurgicales en particulier à Sainte Lucie ont permis de nouer des liens fort avec les acteurs de santé et de réfléchir à une nouvelle organisation et à l’usage de nouveaux outils de communication et d’appui dans l’approche diagnostic et de dépistage."


  • Quelles pratiques avez-vous mises en œuvre ? Comment ont-elles évolué avec le temps ? Quelles réussites vous ont particulièrement satisfait ?

"Nous avons, pour porter ces outils, créé un Groupement de Coopération Sanitaire, « GCS Caraïbes », afin de pouvoir répondre dès le début des protocoles de coopération aux projets portés dans la loi HPST de 2009. La robustesse du GCS Caraïbes nous a ainsi permis de contractualiser avec l’ARS pour certains financements.


Nous avons ainsi développé une plateforme Privantis pour le dépistage de la Rétinopathie Diabétique. Un nouveau projet numérique « CARES », soutenu par des fonds européens et les différentes ARS (Martinique, Guadeloupe, Saint Martin et Guyane) a été ouvert aux acteurs de la santé en 2015. Le GCS Caraïbes a pu s’inscrire dans ce projet CARES, projet qui réunit les propositions numériques des différents CROM-COM en direction des iles anglophones. Un changement de plateforme numérique « Evolucare » dotée d’une analyse par Intelligence Artificielle supporte maintenant le déploiement de ce projet qui comporte plusieurs phases :

- Rodage du workflow et de l’intégration des données dans la plateforme sur la Martinique sur le premier centre (2021- à ce jour) et du modèle de facturation.

- Ouverture de 4 nouveaux centres sur la Martinique et appréciation de la pertinence de l’I.A. dans l’analyse des clichés du fond d’œil et formation des intervenants (orthoptistes et lecteurs) (2022)

- Ouverture d’un centre à Ste Lucie et à la Dominique (2022-23).


La phase de rodage après un an est presque terminée et nous pouvons maintenant nous appuyer sur une plateforme encore évolutive mais parfaitement fonctionnelle. Si nous avions depuis de nombreuses années pris l’habitude de travailler sur l’analyse à distance des dossiers patients, ce nouvel outil qui répond aux normes RGPD avec recueil du consentement du patient, nous permet aussi de donner au patient l’accès à son dossier (ainsi qu’à son médecin s’il le souhaite) et de nous dédouaner aussi des impressions et des courriers."


  • Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Comment les avez-vous dépassées et/ou quelles difficultés persistent ?

"Comme nous le pensions la plupart des patients sont très enthousiastes pour ce mode de consultation. La réticence est plutôt du côté des acteurs de santé.

Pourtant, nous réservons ce mode de consultation à des patients qui ne trouvent pas de réponse dans un parcours de santé visuel traditionnel et qui ne sont pas des porteurs connus de pathologie.


Le principal écueil dans notre offre de téléophtalmologie est la sélection des patients en amont. Le manque d’offres de soins en ophtalmologie à la Martinique conduit en effet des patients avec des pathologies lourdes dans ces centres malgré les recommandations sur le site en ligne de prise de rendez-vous.

Nous avons donc dédié des plages spéciales dans la semaine pour ces patients « égarés », que nous prenons en charge en présentiel dans notre cabinet principal.

Une plateforme téléphonique, qui sera le guichet unique d’entrée sur la plateforme, est en cours d’installation avec prise de rendez-vous sur les agendas des différents centres ce qui nous permettra, nous l’espérons, une sélection plus fine des patients."


  • Quelles sont aujourd’hui les prochaines étapes, et peut-être vos espoirs et attentes pour soutenir le développement de ces pratiques innovantes ?

"Si nous connaissons les acteurs et les structures de santé dans les iles anglophones, tout reste à découvrir, depuis la qualité de la bande passante jusqu’au nerf de la guerre, le financement.


Il est évident que la mise en place d’une filière de téléophtalmologie sera longue mais permettra de flécher le parcours du patient vers la prise en charge la plus adaptée.

Ceux sont la volonté et le souhait portés par le projet CARES. De nouveaux outils de notre pratique quotidienne pourront être intégrés afin d’ouvrir le champ de la téléophtalmologie à de nouveaux projets de dépistage ou de diagnostic."

  • Pour finir, quels atouts trouvez-vous à ces pratiques, et quel message pourriez-vous adresser à vos pairs au sujet de la téléophtalmologie ?


"La pratique de la téléophtalmologie au quotidien nous permet aussi de prendre conscience de ses limites et de la nécessaire relation duale en santé. Mais elle nous ouvre aussi la perspective de nouveaux outils de communication et d’échanges entre confrères, de fonctions de téléexpertise, de solutions rapides et sécurisées dans des zones en forte constriction démographique, de réponses pertinentes pour la surveillance et le suivi de certaines pathologies,… et surtout de permettre de libérer du temps médical si précieux pour conserver cette relation patient-médecin.


L’Intelligence Artificielle sera aussi un merveilleux outil qui, comme la téléophtalmologie, prendra la place que ceux qui l’utilisent et en ont la maitrise voudront bien lui donner.

Nous devons rester maitres de ces outils."



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